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Non, le Season Pass de Breath of the Wild n’est pas une bonne chose

mercredi 15 février 2017, par RYoGA

Le 14 février 2017, Nintendo annonce via une vidéo youtube le futur lancement de DLC pour leur jeu The Legend of Zelda : Breath of the Wild.

Ceux qui me connaissent (ou écoutaient le PN Cast) savent que je n’approuve pas le principe de DLC, porte ouverte à tous les abus. Nintendo, longtemps frileux aux DLC, a finalement sauté le pas sur 3DS et Wii U, voir mon article sur le sujet.

Retour sur les DLC

Les premiers contenus téléchargeables sont arrivés au cours des années 2000 lorsqu’il a été enfin possible pour les développeurs de proposer des contenus en ligne que les joueurs pouvaient récupérer et payer en ligne. Les DLC étaient alors présentés comme du travail supplémentaire pour les équipes après la sortie du jeu, suite à son succès et afin d’entretenir celui-ci.

Se posaient alors déjà les problèmes suivants. Certains d’ordre pratique : les contenus dématérialisés sont dissociés du jeu sur disque, ce qui peut poser un soucis sur la pérennité du contenu à long terme. D’autres d’ordre esthétique : les menus du jeu sont défigurés par des ajouts non prévus à l’origine, quand ceux-ci ne sont carrément pas des bandeaux publicitaires ventant les contenus eux-même. Mais surtout d’ordre éthique : seuls ceux qui payent auront accès au contenu (plus ou moins) intéressant, ce qui crée une fracture entre les types de joueurs, dont la notion de partage et de souvenirs sur un jeu s’avère capitale.

J’en vois certains sourire à l’évocation de ces quelques points et balayer ces soit-disant problèmes d’un revers de main. Visiblement ces personnes ne voient aucun problème à ce que leurs jeux soient découpés en morceaux, échoués sur de fragiles disque durs, considérés non plus comme des oeuvres d’art (ce que je pense de certains jeux exceptionnels) mais comme des produits dont on peut tirer sur le contenu quitte à en oublier d’être classe. Peu importe le flacon du temps que l’on ait l’ivresse ?

Les dérives sont vite arrivées. Les DLC, nouveau modèle économique, ont finalement été intégrés au planning de développement du jeu. Cela implique des choix en amont de ce que l’on va mettre dans le jeu lors de sa sortie et de ce que l’on va garder de côté pour le proposer dans les jours/semaines/mois suivant la sortie. J’ai beau retourner le problème dans tous les sens, je ne vois là qu’une façon de dénaturer l’expérience de jeu, et non de l’enrichir.

Au début, les DLC étaient des ajouts dispensables car les développeurs ne voulaient pas donner l’impression d’amputer leur jeu. Puis les contenus se sont diversifiés et certains ont gagné en qualité, souvent parce qu’on avait pris le temps de réfléchir à même la conception ce qui allait être réservé au jeu principal ou à l’expérience supplémentaire.

Les tarifs se sont donc vu réellement augmenter. Les dates de sortie se rapprocher. L’inauguration de "Season Pass" échelonnant les contenus d’utilité diverses et variés invitant les joueurs à payer avant même la sortie de ces contenus dont certains ne sont parfois même pas détaillés. La boite de Pandore ayant été ouverte, les marketeux rivalisent d’idées pour trouver la pire mauvaise idée pour appâter et faire vendre du contenu en dépit du bon sens. Les exemples sont légions mais celui qui est le plus cynique selon moi : les contenus sont bel et bien disponibles dans le jeu à sa sortie ; payer revient à le déverrouiller pour y avoir accès. C’est comme payer une amende pour un titre que tu as payé plein pot. L’industrie du jeu vidéo prend une tournure nauséabonde.

Nintendo et les DLC

Chez Nintendo heureusement on ne touche pas aux DLC. On se concentre pour livrer les meilleurs jeux qui soient. Et pourtant, quand on regarde à côté on voit bien que les DLC rapportent, que les services de jeu en ligne rapportent. Alors finalement on décide de rejoindre le mouvement, progressivement.

La 3DS et la Wii U sont conçues comme des plateformes permettant de télécharger des jeux en ligne, Virtual Console ou copies de jeux vendus dans le commerce. Pendant quelques années, Nintendo va y tenter différentes expériences liées aux contenus téléchargeables.

En 2012 Nintendo lance ses premiers DLC sur 3DS dans New Super Mario Bros 2 : des courses aux pièces chères et inutiles dans un jeu déjà très mauvais. En 2013 des quêtes supplémentaires sont proposées en DLC dans Fire Emblem Awakening. On s’en passe facilement. New Super Luigi U est une jeu complet téléchargeable pour 20 euros sur Wii U. Pikmin 3 sort une dizaine de missions en DLC. En 2014 le premier Season Pass est lancé avec Mario Golf : World Tour avec différents packs comprenant des personnages supplémentaires. Il faut au moins un DLC gratuit aux couleurs de Zelda pour que Sonic Lost World soit sauvé du naufrage commercial. Wi Sports Club essai de vendre les sports au cas par cas.

Mais c’est assurément le DLC de Mario Kart 8 qui va faire trembler les joueurs. Le jeu sort en mai. Les DLC sont annoncés fin août pour un planning parfaitement étudié. Un Season Pass propose d’acheter dès lors une deuxième série de courses qui ne seront livrées qu’en mai 2015. Je refuse d’acheter ces DLC. Une offre du Club Nintendo permet d’avoir le premier lot de courses contre des points fidélité : je les prends. Quelques mois plus tard j’achète la deuxième salve de courses : il y a Animal Crossing dedans.

Nintendo EST devenu DLC. Des mises à jour constantes des jeux sont faites sur la Wii U par Internet. Les jeux Virtual Console ou eShop sont considérés comme les sorties principales chez Nintendo qui sort à peine quelques jeux en boite dans le commerce. On peut désormais acheter ses jeux directement sur le site Nintendo avec sa carte bleue. Comme précisé par écrit après chaque achat sur l’eShop, nous "consentons" à ne pas pouvoir nous rétracter sur les achats en ligne. Le Club Nintendo change de tête et récompense les achats en ligne. Nous avons alors changé d’ère.

Hyrule Warriors et Super Smash Bros ont vu le nombre de contenus exploser. Certains sont futiles comme des costumes en tous genre. Certains encore sont hors de prix ("Bonjour, tu veux Ryu ? Hé bien casque !"). Aucune version boite comprenant tous les contenus n’est sortie après coup, comme cela se faisait encore il y a quelques années chez la concurrence. Mario Kart 8 Deluxe sortira sur Switch avec tout le contenu de la version Wii U, mais tablons que cette version proposera ses propres nouveaux circuits DLC. Peut-on s’attendre à un Smash Bros Deluxe sur Switch ?

Un Season Pass pour Breath of the Wild

Et aujourd’hui, un Season Pass pour The Legend of Zelda : Breath of the Wild. Le jour de la sortie du jeu vous pourrez payer 20 euros de plus pour débloquer du contenu pour le jeu. Alors oui, bien sûr, rien ne vous oblige à le faire. D’autant que les contenus sont très vaguement détaillés voire passablement inutiles pour le premier pack (sachant que l’on ne peut pas ne prendre que le deuxième pack).

Mais "une nouvelle histoire", "un nouveau donjon"... quel fan peut décemment refuser de prolonger une aventure Zelda ? Refuser un contenu qui a été créé au sein même du développement ?

Le problème aujourd’hui vient de la démarche en elle-même. Ce contenu a été relégué en DLC pour le tiers du prix du jeu complet. Ce contenu est annoncé avant même la sortie du jeu, et comme pour tous les Season Pass de la concurrence sur le même modèle, je n’approuve pas la démarche. Tant qu’à faire, Nintendo pouvait proposer l’intégralité du titre. Mais non, il a fallut le découper pour maintenir l’attention jusqu’en décembre, et il nous faut payer en plus pour cela. Quel message est-ce que cela envoie ? Que vous n’avez pas confiance en vos propres talents ? Que votre jeu est mauvais et que l’on va grappiller ce que l’on peut avant que les gens se rendent compte qu’ils ont été berné ?

The Legend of Zelda est une des plus belles séries de Nintendo, la plus à même de nous faire rêver. Et Nintendo vient de trouver le moyen de nous gâcher la fête, à quelques jours de sa sortie, en nous mettant devait le fait accompli et en créant la discorde chez les fans.

Non, le Season Pass de Breath of the Wild n’est pas une bonne chose. Car c’est la porte ouverte à plein de petits coffres qui popent sur la map, d’histoires alternatives à 5 euros, de mode de jeu à 2 euros 50 et de costumes folkloriques en tous genre.

1 commentaire

  • #
    25 février  01:56

    Je n’ai jamais acheté de ces passes saisonniers jusqu’à maintenant , considérant ces choses là comme inutile et surtout étant joueur sur des support qui ne le proposent pas vraiment (Malgré la Xbox One qui en est infestée, mais dont aucun jeu ne m’a donné envie d’acheter du vent)

    là pour Zelda , c’était couru d’avance mais ça passe très mal me concernant, autant j’arrive à justifier l’achat de circuits supplémentaires pour un Mario Kart, autant là j’ai l’impression pour un jeu d’aventure d’être obligé de sortir les sous pour en voir la globalité. Qui plus est, j’ai une image assez dégueu des contenus supplémentaires, même si elle date un peu de l’époque de la 360 , à savoir des trucs buggés jusqu’à l’os, ajoutés à la truelle et sans grand intérêt.

    On verra bien ce que ça donne, mais c’est le second gros bémol de la Switch pour le coup, avec le futur abonnement payant , et je n’ose pas imaginer comment les enfers du DLC vont se déchainer sur Splatoon 2, on aura surement les cartes de bases actuelles gratuites, mais alors les nouvelles, et les équipements...Pfiou.